Actualité / projets en cours

Recherche en fil rouge "Bassin Minier N-PdC"

L'habitat ouvrier du bassin minier du Nord - Pas de Calais

MOA : MISSION BASSIN MINIER, ENSAPL, EUROPAN10 - Sites étudiés : Pecquencourt (59), Isle d'Abeau - Etudes menées en 2003, 2004 et 2009

+ RESUME HISTORIQUE

Un habitat ancien, pas misérable

Construits de 1867 à1967 aux environs de Valenciennes, Douai, Lens et Béthune, l'histoire des corons suit celle de l'industrialisation française, de ses prémices à nos jours.

"Germinal" d'Emile Zola, oeuvre romancée et populiste, décrit une vision misérabiliste du cadre de vie des mineurs pour mieux servir son histoire sur fond de conflit social ; en réalité les prémices balbutiants et à petite échelle de la Mine à ses débuts (détruits en quasi totalité dès la 1e guerre mondiale), à mille lieues de la production de l'âge d'or.

Les corons, un habitat rural

Les premiers mineurs de charbon du Nord français étaient en réalité des ouvriers agricoles, car les sites d'extraction étaient situés en rase campagne.

Habiter dans un coron, c'était comme vivre à la ferme. Le plan du logement en a repris les codes (pièce commune, aux dépendances sanitaires, clapiers à lapins et potager, etc). Les dirigeants des Mines en ont repris le modèle de la vie en communauté fermée et patriarcale (surveillance de l'entretien des logements, même employeur pour toute la famille, etc).

Détournement et appropriation

Les premiers corons, à l'architecture plutôt radicale, étaient dénués de toute décoration. Les habitants n'ont pas tardés à exprimer leur talent artistique en terme de personnalisation de leur habitat (motifs pixelisés peints sur la brique, fers à cheval, plantes exotiques et nains de jardin, etc).

Par la suite, les concepteurs ont rivalisé d'ingéniosité pour intégrer ce besoin émotionnel et faciliter l'appropriation. Le style a évolué vers le pittoresque et des imports régionalistes (ex : chalets de montagne, colombages scandinaves, jeux de briques colorés, débords de toits, boiseries sophistiqués, effets naturalistes, effets art déco et art nouveau, etc).

L'habitant et son jardin

Au départ c'est un simple potager, avantage en nature pour les ouvriers qui peuvent ainsi produire une partie de leur propre nourriture. Puis, les moeurs évoluant le paysager et l'agrément s'ajoutent. Petit à petit, l'alignement froid et rationnel des premiers corons se transforme en cité jardin, pavillonnaire, verdoyant et aux effets stylistique pittoresques.Des concours sont organisés ; les jardins deviennent une vitrine pour se démarquer de son voisin.

Un outil de propagande en son temps

La grande diversité formelle que l'ont observe dans les corons, est également liée à la géographie, par la concurrence promotionnelle entre les différentes compagnies minières privées : chacune avait son style reconnaissable. Les corons ont été à l'avant-garde de l'habitat ouvrier en terme de confort sanitaire, de surfaces, d'équipements (les Mines ont construit cités-jardins, écoles, hôpitaux, stades, camps de vacances).

Après la nationalisation, la production de logements est plus uniforme. A noter une expérience d'industrialisation, "les camus", des logements en kit, d'inspiration corbuséenne pour des chantiers en temps record. On est alors dans les années 1960, mais le potager et les clapiers sont toujours là.

Agonie et thérapie de territoire

La fin des mines a également été celle d'une génération d'employeurs - concepteurs urbains. Décimées par la silicose et la vieillesse, les familles de mineurs deviennent minoritaires et ne suffisent plus à entretenir l'esprit de communauté.

Les potagers sont devenus des parkings avec trampoline. Les corons sont affectés en logements sociaux bas de gamme faute de volontaires pour y habiter. Les programmes de rénovation urbaine s'enchaînent en masquant mal leur embarras de devoir composer avec ces vestiges à contre-courant.

Les politiques essaient de concilier au mieux entre une population naissante qui ressent le besoin de tourner la page et une population abandonnée qui demande qu'on n'oublie par qu'elle a bel et bien existé. C'est un peu le pari réussi et inattendu du classement du bassin minier au patrimoine culturel de l'UNESCO depuis 2012.

Une richesse a redécouvrir

Au-delà de ses effets de style, l'architecture formelle des corons n'est pas si exceptionnelle que cela, c'est pour ses considérations immatérielles que cet habitat est remarquable. Alors que Godin construit le Familistère de Guise avec immeubles collectifs et équipements culturels dans le but d'éduquer les ouvriers à la vie citadine ; les Corons font le choix de ménager les ouvriers en pleine période d'exode rurale et bouleversement culturel. L'appropriation des logements, la responsabilisation des occupants pour l'entretien, la cohabitation avec ses voisins, l'intégration de travailleurs d'immigrés, dirigent la conception de cet habitat.

+ ETUDES EFFECTUEES

+ Co-rédacteur d'une étude architecturale

"Cahier Technique – L’habitat minier en région Nord-Pas de Calais, Histoire et évolution 1825-1970, Tome I, Juin 2006, Mission Bassin Minier N-PdC." Contexte : stage AMO démarche patrimoniale, de 07/2003 à 01/2004, effectué à la MISSION BASSIN MINIER N-PDC à Oignies (62), resp. Catherine Bertram Cette études fait partie d'un ensemble de travaux préparatoires en vue du classement du patrimoine architecturale des Mines au classement UNESCO. Diffusion : auprès des institutionnels et collectivités locales

TELECHARGER PUBLICATION (PDF11,7Mo)

TELECHARGER MEMOIRE DE STAGE(PDF4,0Mo)

+ Travail Personnel de Fin d'Etude

Contexte : étude réalisée en 6e année universitaire à l'Ecole d'Architecture de Lille et Région Nord (aujourd'hui ENSAPL) Sujet : "Logement et aménagement d'une cité minière pavillonnaire à Pecquencourt (59)", Conserver la logique de l'habitat minier. La réussite des cités minières en leur temps est venue des valeurs qu'elles développaient : la solidarité et la vie rurale. ces valeurs ont donné naissance à diverses trouvailles telles ses typologies d'habitat groupé avec une belle façade pour plusieurs maisons. Comment aider à la cohabitation ? Comment permettre ou inciter à la vie rurale ? Ces questions doivent être le fil directeur des réhabilitations de manière à préserver la cohérence entre la forme et le mode de vie proposé par les cités. Elles doivent être présentes à toutes les échelles de l'intervention (urbanisme, programmation, architecture, entretien, accompagnement).

TELECHARGER LE MEMOIRE (PDF1,1Mo)

TELECHARGER PLANS (PDF1,6Mo)

+ Participation au concours Europan10

SUJET : nouvelle mobilité/nouveau mode de vie, site de l’Isle d’Abeau - MA PROPOSITION : Inspiré de mes travaux antérieurs sur le logement minier du Nord-PdC, je proposais un projet de quartier résidentiel comprenant : 1/ une architecture dans l'air du temps avec l'emploi de nouveaux bétons à haute performance, 2/ un jardin participatif où chaque habitant est responsable d'une parcelle et pratique la Nature plutôt que de simplement la regarder, 3/ une implication sociale dans la vie du quartier par le jardin mosaïque, les parkings collectifs à distance des logements pour encourager piétons et rencontres - Référence de ma participation : SX 127 - Etude réalisée en mai/juin 2009

TELECHARGER LE MEMOIRE (PDF1,1Mo)

 

+ Création du concept "Miami-les-Mines"

C'était à 2 doigts de devenir mon nom et logo d'entreprise

"Miami-les-Mines" est un anachronisme amusant et décomplexé. Une ville ensoleillée de riches retraités mariée aux cités ouvrières du Nord.

"Miami-les-Mines" fait le constat que si le cadre de vie est généralement perçu comme rassurant, parfois il arrive qu'il soit inadapté, vieillissant, voir malade et nécessite une action de renouvellement.

"Miami-les-Mines" craint qu'à force de côtoyer la lenteur de paysages immuables, la stabilité d'un environnement de vie figé dans le temps finisse par nous faire oublier nos rêves concernant tout ce qui pourrait être ou n'est pas encore arrivé.

"Miami-les-Mines" souhaite restaurer et stimuler l'imagination de la population, notamment en proposant des concepts innovants dont le but est de donner envie de changer, d'évoluer vers quelques chose de meilleur.

"Miami-les-Mines" vous rappelle que l'architecte est le métier créatif et d'excellence dédié à la construction de bâtiments, la gestion de paysages urbain, l'aménagement du territoire et la cohabitation harmonieuse entre ville et nature.

"Miami-les-Mines" sous-entend que si Alexis Delinselle est bien un architecte originaire du Bassin Minier du Nord - Pas de Calais, ça n'enlève rien à sa compétence, et qu'il peut vendre du rêve aussi bien que les américains.

"Miami-les-Mines" met à l'honneur le Bassin Minier N-PdC par son besoin de tourner la page pour préparer un avenir accueillant, lui

"Miami-les-Mines" est un concept pour dire que rien n'est figé à tout jamais, et encourager la créativité au pays des terrils.

"Miami-les-Mines" est complémentaire, ne renie pas et ne se substitue pas aux actions menées au profit de sa population actuelle en grande détresse et du devoir de mémoire d'un passé industriel emblématique.

"Miami-les-Mines" c'est un dialogue pour retenir ceux qui veulent quitter et oublier le Bassin Minier, parce que trop pauvre, ou pas assez branché ; mais aussi pour souhaiter la bienvenue à ceux qui n'avaient encore jamais envisagé de vivre au pied d'un terril que ce soit pour le fun ou par nécessité.

"Miami-les-Mines" est fréquentable même en dehors du Bassin Minier et s'exporte très bien jusque dans la Métropole Lilloise ou ailleurs en France.

"Miami-les-Mines" a déjà testé et vous garantie qu'il est possible de faire des habitations de luxe au milieu des cités ouvrières sans craindre les regards, et que s'imaginer entrer dans la 4e dimension présente un certain charme.

TELECHARGER LA FICHE RESUME CI-DESSOUS (PDF0,3Mo)

Référence Recherche & Développement

+   L'habitat ouvrier du bassin minier du Nord - Pas de Calais

MOA : MISSION BASSIN MINIER, ENSAPL, EUROPAN10 - Sites étudiés : Pecquencourt (59), Isle d'Abeau - Etudes menées en 2003, 2004 et 2009

Un habitat ancien, pas misérable

Construits de 1867 à1967 aux environs de Valenciennes, Douai, Lens et Béthune, l'histoire des corons suit celle de l'industrialisation française, de ses prémices à nos jours.

"Germinal" d'Emile Zola, oeuvre romancée et populiste, décrit une vision misérabiliste du cadre de vie des mineurs pour mieux servir son histoire sur fond de conflit social ; en réalité les prémices balbutiants et à petite échelle de la Mine à ses débuts (détruits en quasi totalité dès la 1e guerre mondiale), à mille lieues de la production de l'âge d'or.

Les corons, un habitat rural

Les premiers mineurs de charbon du Nord français étaient en réalité des ouvriers agricoles, car les sites d'extraction étaient situés en rase campagne.

Habiter dans un coron, c'était comme vivre à la ferme. Le plan du logement en a repris les codes (pièce commune, aux dépendances sanitaires, clapiers à lapins et potager, etc). Les dirigeants des Mines en ont repris le modèle de la vie en communauté fermée et patriarcale (surveillance de l'entretien des logements, même employeur pour toute la famille, etc).

Détournement et appropriation

Les premiers corons, à l'architecture plutôt radicale, étaient dénués de toute décoration. Les habitants n'ont pas tardés à exprimer leur talent artistique en terme de personnalisation de leur habitat (motifs pixelisés peints sur la brique, fers à cheval, plantes exotiques et nains de jardin, etc).

Par la suite, les concepteurs ont rivalisé d'ingéniosité pour intégrer ce besoin émotionnel et faciliter l'appropriation. Le style a évolué vers le pittoresque et des imports régionalistes (ex : chalets de montagne, colombages scandinaves, jeux de briques colorés, débords de toits, boiseries sophistiqués, effets naturalistes, effets art déco et art nouveau, etc).

L'habitant et son jardin

Au départ c'est un simple potager, avantage en nature pour les ouvriers qui peuvent ainsi produire une partie de leur propre nourriture. Puis, les moeurs évoluant le paysager et l'agrément s'ajoutent. Petit à petit, l'alignement froid et rationnel des premiers corons se transforme en cité jardin, pavillonnaire, verdoyant et aux effets stylistique pittoresques.Des concours sont organisés ; les jardins deviennent une vitrine pour se démarquer de son voisin.

Un outil de propagande en son temps

La grande diversité formelle que l'ont observe dans les corons, est également liée à la géographie, par la concurrence promotionnelle entre les différentes compagnies minières privées : chacune avait son style reconnaissable. Les corons ont été à l'avant-garde de l'habitat ouvrier en terme de confort sanitaire, de surfaces, d'équipements (les Mines ont construit cités-jardins, écoles, hôpitaux, stades, camps de vacances).

Après la nationalisation, la production de logements est plus uniforme. A noter une expérience d'industrialisation, "les camus", des logements en kit, d'inspiration corbuséenne pour des chantiers en temps record. On est alors dans les années 1960, mais le potager et les clapiers sont toujours là.

Agonie et thérapie de territoire

La fin des mines a également été celle d'une génération d'employeurs - concepteurs urbains. Décimées par la silicose et la vieillesse, les familles de mineurs deviennent minoritaires et ne suffisent plus à entretenir l'esprit de communauté.

Les potagers sont devenus des parkings avec trampoline. Les corons sont affectés en logements sociaux bas de gamme faute de volontaires pour y habiter. Les programmes de rénovation urbaine s'enchaînent en masquant mal leur embarras de devoir composer avec ces vestiges à contre-courant.

Les politiques essaient de concilier au mieux entre une population naissante qui ressent le besoin de tourner la page et une population abandonnée qui demande qu'on n'oublie par qu'elle a bel et bien existé. C'est un peu le pari réussi et inattendu du classement du bassin minier au patrimoine culturel de l'UNESCO depuis 2012.

Une richesse a redécouvrir

Au-delà de ses effets de style, l'architecture formelle des corons n'est pas si exceptionnelle que cela, c'est pour ses considérations immatérielles que cet habitat est remarquable. Alors que Godin construit le Familistère de Guise avec immeubles collectifs et équipements culturels dans le but d'éduquer les ouvriers à la vie citadine ; les Corons font le choix de ménager les ouvriers en pleine période d'exode rurale et bouleversement culturel. L'appropriation des logements, la responsabilisation des occupants pour l'entretien, la cohabitation avec ses voisins, l'intégration de travailleurs d'immigrés, dirigent la conception de cet habitat.

ETUDES EFFECTUEES

+ Co-rédacteur d'une étude architecturale

"Cahier Technique – L’habitat minier en région Nord-Pas de Calais, Histoire et évolution 1825-1970, Tome I, Juin 2006, Mission Bassin Minier N-PdC." Contexte : stage AMO démarche patrimoniale, de 07/2003 à 01/2004, effectué à la MISSION BASSIN MINIER N-PDC à Oignies (62), resp. Catherine Bertram Cette études fait partie d'un ensemble de travaux préparatoires en vue du classement du patrimoine architecturale des Mines au classement UNESCO. Diffusion : auprès des institutionnels et collectivités locales TELECHARGER PUBLICATION (PDF11,7Mo) ou MEMOIRE DE STAGE(PDF4,0Mo)

+ Travail Personnel de Fin d'Etude

Contexte : étude réalisée en 6e année universitaire à l'Ecole d'Architecture de Lille et Région Nord (aujourd'hui ENSAPL)Sujet : "Logement et aménagement d'une cité minière pavillonnaire à Pecquencourt (59)", Conserver la logique de l'habitat minier. La réussite des cités minières en leur temps est venue des valeurs qu'elles développaient : la solidarité et la vie rurale. ces valeurs ont donné naissance à diverses trouvailles telles ses typologies d'habitat groupé avec une belle façade pour plusieurs maisons. Comment aider à la cohabitation ? Comment permettre ou inciter à la vie rurale ? Ces questions doivent être le fil directeur des réhabilitations de manière à préserver la cohérence entre la forme et le mode de vie proposé par les cités. Elles doivent être présentes à toutes les échelles de l'intervention (urbanisme, programmation, architecture, entretien, accompagnement). TELECHARGER LE MEMOIRE (PDF1,1Mo) PLANS (PDF1,6Mo)

+ Participation au concours Europan10

SUJET : nouvelle mobilité/nouveau mode de vie, site de l’Isle d’Abeau - MA PROPOSITION : Inspiré de mes travaux antérieurs sur le logement minier du Nord-PdC, je proposais un projet de quartier résidentiel comprenant : 1/ une architecture dans l'air du temps avec l'emploi de nouveaux bétons à haute performance, 2/ un jardin participatif où chaque habitant est responsable d'une parcelle et pratique la Nature plutôt que de simplement la regarder, 3/ une implication sociale dans la vie du quartier par le jardin mosaïque, les parkings collectifs à distance des logements pour encourager piétons et rencontres - Référence de ma participation : SX 127 - Etude réalisée en mai/juin 2009 TELECHARGER LE MEMOIRE (PDF1,1Mo)

Tous droits réservés à Alexis Delinselle (309 av. résistance, 59167 Lallaing, né le 08 avril 1980 à Douai) - Mise à jour 21 Juillet 2017


Planches issues du book de candidature (non retenue) AJAP 2014

Articles internes à la profession sur le métier d'architecte

LES UNIVERSITES D'ETE DE L'ARCHITECTURE 2014 - auteur : Alexis Delinselle, le 08 septembre 2014

Le marketing écologique

Peut-on dissocier la définition de l’écologie de la manière dont on la vend à la population ?

Cette dernière décennie, les campagnes de promotion de l’écologie exploitent toutes plus ou moins les mêmes arguments.

- pour le diagnostique : « la planète est en danger », « La fin du monde est proche », « la banquise fond de plus en plus vite », « la biodiversité est en danger », « les scientifiques sont unanimes », « notre civilisation est malade », « l’activité humaine est néfaste », « le laisser aller nous tuera », « vous ne vous en rendez peut-être pas compte, mais vous êtes déjà en difficulté », « vos enfants seront malheureux », « honte à vous », « vous refuser de voir, vous faites l’autruche », etc. Pour les visuels, le discours est toujours accompagné d’un diaporama qui commence par un oiseau englué dans une marée noire et se termine par un paysage remarquable « beau mais plus pour longtemps ».

- la proposition de remède : « vous devez changer », « vous devez être responsable », « vous devez investir votre argent dans l’écologie », etc.

Cette stratégie de marketing est la même du simple militant dans son potager jusqu’aux personnalités influentes tel l’économiste Rifkin. Elle utilise la peur, et fait appel à l’empathie et au sens des responsabilités de l’auditeur pour l’amener à changer au profit d’un comportement écologique.

Je cite Rifkin car sa théorie de relancer l’économie en faisant de l’écologie « le nouveau produit à la mode à vendre » est séduisante. Cependant, je trouve que les moyens pour y parvenir sont inadaptés. Notamment la stratégie publicitaire, ou de ralliement pour la bonne cause et l’intérêt général.

Ce discours alarmiste incite à la peur du désastre. Pour ma part, quand je pense désastre, mon réflexe est davantage de faire des provisions et d’économiser plutôt qu’à dépenser mon argent dans des gadgets expérimentaux tel panneaux solaires et autres, qui plus est, ne sont que des gouttes d’eau dans l’océan (la mauvaise foi aidant, je n’en sais rien, mais c’est ce qu’on dit). C’est variable d’un individu à l’autre, mais pour beaucoup et moi-même, la peur n’incite pas à agir, elle pétrifie sur place dans la passivité.

L’appel au sens des responsabilités, peut également se retourner contre la cause écologique. Parce que quand quelques chose ne va pas, c’est toujours plus facile de se dire que c’est la faute des autres que de soi-même. Quand quelqu’un fait un effort, il attend généralement une reconnaissance en retour. Faute d’en avoir, il développe une méfiance envers le voisin qui fait moins d’effort que lui. « J’ai fais ma part, c’est de sa faute si ça continue d’aller mal ».

En tant qu’architecte, j’essaie systématiquement de vendre l’écologie aux potentiels clients lors d’établissement de devis. Je n’ai pas eu le moindre succès avec les labels, les gadgets RT2012, ni même un mode de vie proche ou au moins respectueux de la nature.

Les clients qui me contactent, viennent toujours avec ce qu’on pourrait appeler un projet de vie. Celui-ci est alimenté par leur envies, leur besoins de confort, les qualités qu’ils recherchent, l’avenir qu’ils se construisent entre confort et bonheur.

C’est un hors sujet total de vouloir imposer la peur du désastre et la méfiance des autres dans le projet de vie des futurs occupants de nos bâtiments.

Si on regarde dans le passé, comment s’est vendue l’American Way of Life ? Quels arguments ont incité des jeunes adultes, à s’endetter sur 25 ans pour s’acheter une maison dans un lotissement, une voiture, des vacances, du mobilier plus décoratif qu’utile, puis pour leur enfants, des activités périscolaires et des hautes études et leurs implications coûteuses (chambre, voiture, frais), etc. ?

Pour ma part, j’en retiens une publicité de famille idéale prenant le déjeuner dans son jardin sous le soleil en compagnie du chien et de l’ami Ricoré. Soit un marketing, de la séduction, du rêve. La proposition d’un mode de vie agréable comme argument de vente (l’efficacité du produit alors vendu est un autre débat que je n’aborderai pas ici au profit de l’aspect publicitaire).

Pourtant, l’AWL n’avait pas que des avantages : le mari dans les bouchons pour ses 8 heures de travail journalier pour rembourser le prêt bancaire, l’épouse modèle qui s’ennuie à mourir à faire le ménage en continue dans une maison vide la journée, les vacances dans des lieux surpeuplés et caricaturaux, le jardin rempli de crottes de chien, et l’ami Ricoré qui n’est jamais là quand il faut tondre la pelouse.

L’écologie a évidemment ses inconvénients et contradictions. La collection de poubelles puantes multicolores dans son appartement en ville pour trier ses déchets, c’est pas séduisant (même si dans les faits, on trie rarement en ville). Le bus c’est moins la frime que la belle carrosserie. La vie collective imposée, d’accord quand on a besoin de contact social permanent pour être heureux, moins quand on est introverti. Les grenouilles c’est gluant et affreux. Où caser le potager dans un appartement T2 en plein centre de Paris ? Les matières premières polluantes, c’est pas bien mais utile quand même. La pénurie de ressources naturelles, oui c’est un problème surtout quand on fait parti des pauvres.

Ne pourrait-on pas remplacer la peur écologique par l’envie écologique ? Comment ? N’est pas un rôle pour l’architecte d’aider à construire une image séduisante de l’écologie dans la culture collective ? A quoi ressemblerait un projet de vie agréable parce qu’écologique ?

De l’écologie en ville ? la présence de la nature et de la verdure est elle indispensable, ou l’espace urbain minéral peut-il être écologique ?

Est-elle compatible avec les stratégies économique actuelles, comme vendre un temps d’utilisation d’un produit plutôt que le produit en lui-même ? Ou faut-il la vendre à l’ancienne comme une friteuse de qualité indestructible que vous conserverez pour l’éternité (cf « développement durable » dans un dictionnaire).

L’écologie peut-elle, ou doit-elle, être source de progrès ou d’effacement ? de croissance ou de régression ? ou de reconversion ou de reconstruction de notre civilisation sur elle-même ?

Peut-on dissocier la définition de l’écologie de la manière dont on la vend à la population ?

Alexis Delinselle, le 08 Septembre 2014

LIEN VERS LE SITE OFFICIEL

LES UNIVERSITES D'ETE DE L'ARCHITECTURE 2015 - auteur : Alexis Delinselle, le 17 avril 2015

Soigner l’image des architectes en collaboration avec nos alliés

Le recours obligatoire aux architectes pour les demandes de permis de construire au-delà de 150/170m² me semble contre productif pour le développement de l’architecture en général, ainsi que l’attractivité des architectes. Toute obligation est perçue par le grand public comme un acte arbitraire, une entrave à la liberté d’expression (ou créativité dans le cas de l’architecture) du simple citoyen particulier ou personne morale. De fait le recours obligatoire à l’architecte contribue à l’image de monopole profiteur, style percepteur d’impôt, de la profession. Qui plus est, dans le contexte économique difficile actuel, le débat sur 150m² ou 170m² donne l’image d’une profession aux abois qui demande l’aumône.

Les quelques particuliers qui ont des maisons au-delà des 150/170 m² valent-ils le coup de cette mauvaise image. Ces amateurs de grandes et belles maisons ne feraient-ils pas appel à l’architecte même sans obligation ? Celle-ci ne facilite-t-elle pas le travail de dénigrement à notre égard par nos concurrents ?

Personnellement, les banquiers et assureurs dommage-ouvrage m’envoient plus de clients que ce seuil de 150/170m². Ceux-ci ont pour objectif de sécuriser les opérations de construction de leurs clients (avec toutes les ramifications financières induites) et contribuent à forger l’image de professionnels compétents des architectes.

Sur cette réalité, je serais plutôt partisan de supprimer complètement l’obligation d’architecte sur les permis de construire quels que soient les m² ; et de travailler notre image en coordination avec les banquiers et assureurs. Et de privilégier la fiabilité de bâtiments conçus par des experts plutôt que l’image de doux rêveurs d’un monde parfait (réputés gentils mais peu fiables).

Si d’un côté il est à notre avantage de cultiver de bonnes relations avec nos alliés, de l’autre il est tout aussi judicieux de ne pas rester passifs face à nos détracteurs (et d’oser leurs montrer qu’on a plus d’un tour dans notre sac).

Par exemple, je trouve curieux de faire vérifier x fois le travail des architectes lors de la demande de permis de construire. De leur côté, les thermiciens délivrent eux-même leurs attestations de conformité thermique une fois leur travail de fond exécuté. Idem pour les bureaux de contrôle, sps, bureaux d’étude, abf, avec sécurité, structures, pmr, etc… Pourquoi cette exception sur le travail de conception architecturale par des architectes ?

Expérience de terrain à l’appui, faite de bizarreries, demandes en tout genre et confidences officieuses, nombres d’instructeurs ne cachent pas être hostiles aux architectes et ne jamais faire le moindre cadeau, « car c’est des professionnels », tandis qu’ils restent conciliants avec le particulier qui fait son dossier lui-même sans aucune conformité. Le mode de recrutement des instructeurs est un autre débat, mais je pense qu’il y a un problème quand on en vient à avouer à ses clients qu’ils auront moins de problèmes pour obtenir leur PC s’ils gribouillent un truc incompréhensible au crayon de bois sur une feuille volante plutôt que de passer par un architecte.

Les banques et assurances nous estiment suffisamment compétents pour gérer les chantiers de travaux, tandis que les collectivités, via les service d’instruction PC auxquelles elles sous-traitent, nous estiment incompétents pour appliquer tout seuls le règlement d’urbanisme, ce qui n’est pourtant pas le plus difficile dans notre travail.

On pourrait proposer que les architectes délivrent des attestations de conformité au PLU de la commune pour les projets qu’ils dessinent (l’archi s’occuperait lui-même de consulter les divers intervenants : raccordement réseaux, pompiers, ABF, etc). Attestation de conformité archi valant équivalence avec l’accord délivré par le service d’instruction ADS aux mairies. Mairies qui continueront de délivrer les permis de construire officiels. Seuls les particuliers qui ne veulent pas faire intervenir d’architecte, et par ex les constructeurs MI continueront de passer par un service d’instruction classique.

Par ailleurs, ceci peut-être une bonne opportunité pour les collectivités dans le contexte actuel où ces services d’instruction sont fortement restructurés et dont la compétence pourrait à terme être renvoyée aux communes, communautés de communes ou d’agglomérations en secteur rural (c’est la rumeur qui court dans le secteur où j’exerce) et dont toutes ne se sentent pas compétentes sur la chose et sont plutôt anxieuses de l’avenir. En principe, on ne devrait donc pas créer de chômeurs en investissant ce marché.

Dans les zones peu peuplées, on pourrait même imaginer que des mairies sous-traitent à un architecte local l’instruction des dossiers classiques. Dans ce cas de figure, il faudrait probablement règlementer les tarifs des prestations « attestation de conformité par l’archi » et « instruction des PC des autres », afin de prévenir des abus, concurrences déloyales, conflits d’intérêt, abus sur tarifs dans les situations de monopole (en zone rurale avec peu d’archi). etc…

Le plus commercial pour l’intervention des architectes avec cette éventuelle « attestation de conformité au PLU » délivrée par l’architecte, c’est qu’il ne nous faudra pas 6 mois pour vérifier la conformité et consulter les divers services extérieurs.

Alexis Delinselle, le 17 Avril 2015

LIEN VERS LE SITE OFFICIEL

LES UNIVERSITES D'ETE DE L'ARCHITECTURE 2017 - auteur : Alexis Delinselle, le 08 Juin 2017

Attribuer des étoiles aux architectes

... un peu à la manière des établissements hôteliers, ou des chefs cuisiniers. L'objectif n'est pas de caresser l'ego des stars ou de punir les mal-aimés. Cela s'inscrirait dans une démarche commerciale vis-à-vis du grand public et des maîtres d'ouvrages, en ajoutant un critère de lisibilité sur qui fait quoi, et ainsi faciliter la recherche d'un architecte dont le profil correspondra à la demande. Ces attributions d'étoiles porteraient notamment un regard important sur le qualitatif, sur la capacité à produire de l'architecture de la grande à la modeste indépendamment du montant du budget travaux, mais aussi l'expérience, la maîtrise du sujet qu'est le chantier et le métier d'architecte sous tous ses aspects. Explication et argumentation par des analyses de cas :

En version "hôtelier", pour rappel : Cas n°1 - Je pars 2 jours en déplacement professionnel à l'autre bout de la France, je dois donc dormir sur place. Un hôtel économique 1 étoile pour une trentaine d'euros et confort spartiate m'est amplement suffisant. Cela correspond à ma logique d'entrepreneur d'économiser sur mes frais pour dégager une meilleur marge financière sur mes ventes lors de ce déplacement. Cas n°2 - Je suis un touriste, je veux m'offrir le confort et une belle vue pendant mes vacances en famille. Je prend le temps d'étudier et comparer les hôtels 3 étoiles de la région, je lis les commentaires des précédents clients, je consulte les bons plans des guides touristiques. Cas n°3 - Je suis une star très fortunée et me déplace avec ma suite de 50 personnes. En toute logique, je réserve un étage complet d'un palace 5 étoiles. Je suis en confiance totale car l'attribution de ce statut est très encadré et surveillé. Je "sais" que cet établissement m'offrira un très haut niveau de service.

Maintenant, la version "architecte" :

Cas n°1 - J'ai des revenus modeste, j'hérite de la maison en ruine de mes parents que je souhaite rénover à moindre frais ; ou je suis auto-entrepreneur, je rénove des appartements pour les revendre avec la plus-value de mon travail d'ouvrier ; ou j'ai une maison pavillonnaire, et je souhaite construire une annexe, c'est à dire un garage pour abriter ma 2CV de collection. J'aurais bien fait les travaux au noir, ce niveau de qualité est largement suffisant pour mes besoins, mais la mairie me dis que j'ai l'obligation de faire intervenir un architecte car je dépasse les 170m². J'entre "architecte" dans un moteur de recherche, il m'offre une liste des plus grosses agences régionales. Après avoir passé la matinée à les appeler une par une par téléphone, je suis bredouille. Aucune ne s'occupe de particulier, ni même pour des budgets travaux aussi dérisoires. Celles, à qui j'ai demandé l'adresse d'un jeune archi pas chère qui pourrait s'occuper de mon cas, n'osent pas s'engager sur la qualité de ses ex-salariés qui se sont installés à leur compte récemment. Un courtier en travaux me repère, il s'occupe de tout.

Si il avait cherché "architecte 1 étoile" sur internet, ce prospect n'aurait pas perdu sa matinée à écumer à s'en décourager les grosses agences qui ont les moyens financiers pour se faire référencer en tête sur les moteurs de recherche. Etre architecte 1 étoile n'est pas nécessairement dévalorisant, ce peut être un choix professionnel de se concentrer sur une clientèle bien précise et devenir expert dans ce domaine. De nombreux architectes préfèrent travailler seul à leur compte, en choisissant de rester modestes mais honnêtes et transparents dans le service qu'ils proposent à leurs clients, tout en étant identifiables facilement d'un point de vu commercial, ce qui facilite quand même l'accès à la commande. Quand les gens ne savent pas vous trouver, ils ne risquent pas de venir vous voir.

Ce dernier argument est valable également quand on veut proposer de l'artistique à petite échelle loin des centres culturels des grandes villes, parce que le tumulte urbain te déclenche des crises d'angoisse à chaque fois que t'y mets les pieds. Les consommateurs ont le réflexe de penser qu'ils trouveront de meilleurs architectes en allant dans l'hyper-centre de la grosse ville du coin (ou le best du best à Paris) ; un archi à la campagne c'est moins bien et se fera voler sa clientèle artistique par les citadins. Le problème ne se pose pas pour le restaurant d'un chef étoilé en pleine campagne, qui affiche complet tout les jours malgré sa mauvaise localisation.

Cas n°2 - Je veux une maison d'architecte, atypique, moderne, écologique et équitable. Dans une soirée on me présente un jeune archi, un peu bouseux, mais qui a la tchatche. Je suis emballé, je signe avec lui, "à la confiance", parce qu'en réalité je n'y connais rien à l'architecture, et ne sais pas sur quel critère je peux évaluer si un archi est bon ou pas. Ou bout de 3 mois et déjà de nombreuses relances, il me présente sur un calque déchiré un truc incompréhensible, fait à la hâte parce que son sous-traitant l'a lâché. Il ne peut pas me dire si ça rentre dans mon budget, pourtant je ne suis pas exigeant, un vague ordre de grandeur à 50 000 euros près ça me va. Je casse le contrat après avoir jeté un acompte par la fenêtre. Je me tourne vers un constructeur de maison individuel, j'en ai trouvé un qui fait des maisons cubiques.

Une stratégie d'attribution d'étoiles serait contrôlée par un collège d'expert qui s'y connaît (ordre architectes, représentants de maîtres d'ouvrage et de collectivités, syndicats, etc.) et est capable de définir le niveau de performance des architectes et agences. Cela fonctionnerait un peu comme une certification réglementée et gérée par les architectes eux mêmes via l'ordre des architectes par exemple. A chaque étoile correspond un niveau de qualité et de service minimum garanti.

Cas n°3 - Je suis un jeune élu et mon projet de médiathèque me tient à coeur. En suivant la procédure de marché public, 3 agences d'architectes qui se ressemblent sont retenues pour un concours. Sur le papier, chacune a entre 10 et 15 collaborateurs, un chiffre d'affaire dans la norme et elles ont toute déjà construit une voire plusieurs médiathèques. J'ai 3 panneaux de concours devant moi, je ne suis pas emballé par ce qui est proposé. Un membre du jury, me dit que j'aurais du viser plus haut et faire appel à Jean Nouvel. L'un des 3 projets a l'avantage d'être moins chère. Je pourrai utiliser l'argument pour justifier à mes électeurs le choix d'un bâtiment moche. Chantier problématique, le bâtiment est encore plus moche qu'annoncé, bref je me fait descendre par l'opposition et suis battu aux élections suivantes. D'après les bruits de couloirs, le gagnant du concours était en fait un repreneur défaillant (il en existe des bons mais pas dans ce cas). Il a racheté très récemment l'entreprise d'un archi parti en retraite, ses références incluses. Il s'est séparé des employés qui remettaient en cause son autorité de jeune patron, dommage c'est justement ceux qui faisaient tourner la boite. Ceux qui restaient ont bâclé le concours, livré à eux-même sans aucune supervision de leur nouveau dirigeant qui préférait se concentrer sur un autre projet plus ambitieux.

L'attribution d'étoiles serait conditionnée à un niveau de service et de retour adapté en terme de contrôle qualité, de formation initiale et continue, d'expérience, d'effectif, de moyens, de pluridisciplinarité, etc. Les attributions d'étoiles seraient réévaluées périodiquement, avec menaces de rétrogradation pour inciter les défaillants à se ressaisir, ou à l'inverse proposition de promotion quand l'archi se débrouille bien et peut prétendre à plus et franchir une nouvelle étape, avec démarche d'accompagnement pour aider et encadrer cette montée (rester sous-classé est parfois mal perçu vis -à-vis de concurrents qui galèrent et trouvent qu'on abuse en venant leur prendre leur clientèle, ou en offrant un niveau de service démesuré vis-à-vis du taux de rémunération pratiqué).

Les références des architectes ne seraient plus analysées et vérifiées par les maîtres d'ouvrage, mais par l'organisme qui attribue les étoiles et vérifie la compétence "réelle" des architectes. Les appels d'offre se contenteraient d'indiquer les niveaux d'étoiles requis ou exclus pour pouvoir candidater à un marché public, suivant le programme (budget, ambition culturelle et artistique).

Les étoiles offrent également une lisibilité aux partenaires comme les banques : le gain d'une nouvelle étoile garantie un accès à une nouvelle clientèle et justifie un investissement financier pour acquérir du matériel ou embaucher.

Cas n° 4 - Je suis une très grosse collectivité. Je veux redorer l'image de mon territoire et organise un concours avec que des stars architectes pour un bâtiment hors norme, bling-bling et unique au monde. Après dix ans, le chantier est livré, aucun soucis particulier, ou du moins rien d'inhabituel pour ce type d'opération (que 100 millions d'euros de dépassement, c'est un exploit!). Pourtant ce bâtiment est mal perçu par l'élite et la haute société. Tout le monde m'en veut. On me reproche d'être inculte, d'avoir écarté des oeuvres d'art dont une potentiellement majeure, tout ça pour sélectionner un projet platement "commercial". Personnellement je ne vois pas ce qui cloche, j'ai pas été radin sur le carnet de chèque.

Organiser un concours 5 étoiles et choisir une équipe 4 étoiles, il faudra de bons arguments pour se justifier. Cela dit il existe à l'occasion des projets à très faible budget de travaux qui sont bien plus révolutionnaires et plus percutants artistiquement que des grosses usines à gaz qui coûtent une fortune. C'est la limite d'un système d'identification à étoiles. Parfois vaut mieux un bon 2 étoiles qu'un mauvais 3 étoiles, et puis il y a le rapport qualité/prix (faut-il des taux d'honoraires archi standards suivant le nombre d'étoiles?).

Conclusion : Donner des étoiles aux architectes, c'est pour le moment qu'une simple idée en l'air. Je ne milite pas activement pour que ça se fasse, mais je me pose la question de l'utilité que ça pourrait avoir, à quoi cela ressemblerait et si au final c'est une bonne ou mauvaise idée. Je suis ouvert à toute contre-argumentation.

Je ne propose pas de supprimer ce qui existe déjà pour promouvoir les architectes, on peut continuer de présenter ses références en cohabitation avec les étoiles. J'imagine plutôt cette idée d'architectes étoilés comme un critère supplémentaire donné aux maîtres d'ouvrage pour évaluer les architectes, et portant plus particulièrement sur l'aspect culturel et immatériel de l'architecture, là où actuellement on se contente de comparer les chiffres d'affaires, les budgets travaux, les nombres d'employés, les nombres de jours de formation continu, que du quantitatif ; la qualité étant réduite à la compilation de fiches de références chantiers qui sont souvent peu parlantes pour présenter notre métier.

A noter le cas des maisons de particulier, j'ai loupé plusieurs affaires/prospects car les maîtres d'ouvrage ont vu que je présentais mes références sur mon site internet, et qu'eux préféraient conserver une certaine confidentialité. Le résultat est qu'ils ont préféré des concurrents qui ne parlent pas de leurs clients antérieurs. Pour une raison toute autre en réalité, ils n'ont par exemple pas d'ancien client car ils viennent de s'installer, ou alors leurs premières expériences de chantier ont été des fiascos sur lesquels il est plus prudent de rester discret. Mais dans ce cas, comment prouver la qualité de notre travail et se démarquer les gens qui font n'importe quoi et dégradent la perception de notre profession par le grand public. Dire qu'on est tous pareils, c'est être déconnecté de la réalité. Et je suis sceptique sur l'intérêt d'entretenir l'image d'une profession en tant que masse homogène sans distinguer la diversités des parcours et des choix de stratégies professionnelles ou commerciales.

La question subsidiaire polémique : faut-il se contenter "d'architectes étoilés" , ou de "maîtres d'oeuvre et concepteurs étoilés" qui dans ce dernier cas, incluraient notamment comme concepteurs 1 étoile (sans diplôme d'archi) les CMistes, les courtiers en travaux, qui actuellement exclus du titre d'architecte commencent systématiquement leur argumentaire commercial par un "les architectes ça sert à rien" (.sous-entendu "mon offre de service est légale si si vous pouvez me croire") qui s'enracine bien dans les mentalités de leurs auditeurs ?

Alexis Delinselle, le 08 Juin 2017

LIEN VERS LE SITE OFFICIEL